C’est marrant, j’ai vraiment espéré (et cru) que le PS était bel et bien décidé à un réel changement. Que ces primaires socialistes seraient une occasion pour le parti de faire entendre les voies nouvelles, celles qui auraient un vrai projet politique de gauche, social, humaniste, économique. Comme la voix de Martine Aubry, candidate intègre et ferme sur des positions bien clairement à gauche. Pouvoir déceler ceux -comme depuis trop longtemps au sein de la classe politique, à l’image de Nicolas Sarkozy- sont uniquement obsédés par leur ascension au pouvoir, et les autres, dans un vrai projet politique pour le pays et notre démocratie qui vont si mal. L’inadhérence de certains (dont moi) aux précédents scrutins étaient notamment dûs à cette lamentable course à l’ego… Devenir président(e) de la république. C’est beau, je l’avoue, mais tellement insuffisant.
Et donc, voilà que ces primaires ont donné la parole à ceux qui étaient désireux d’un vrai changement -radical. Que la gauche ne soit plus une alternative “molle” à l’ultra-libéralisme, mais un vrai contre-pouvoir. Un espoir qu’en 2012, il y ait de nouveau plus d’égalité, de fraternité, de projets communs, démocratiques et républicains. Arnaud Montebourg, à l’initiative de ce vote populaire, en était évidemment un ardent partisan… Convaincu que c’était un bon moyen de savoir et de comprendre ce que les français attendent de la politique socialiste, au delà des adhérents. Que l’on comprenne quels espoirs fondent les citoyens français dans la gauche.
Il y avait Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal, Manuel Valls et JM Baylet, tous en accord pour appeler au changement. Mais celui qui nous a le plus surpris dans cette prise de parole “alternative” et forte était Arnaud Montebourg. Soudainement, quelqu’un (lui) osait affirmer qu’il fallait un changement radical. Enfin! Et nous avons été nombreux à aller aux urnes en hésitant devant le bulletin. Si j’ai voté Martine Aubry, nombreux sont ceux qui ont choisi finalement Montebourg. 17%. Montebourg, le candidat de la 6eme République, Montebourg, le candidat de la gauche intransigeante, Montebourg, le partisan de la démondialisation… C’est ce même Montebourg qui a voulu mettre les “impétrants” au défi: “je vais leur écrire une lettre, et c’est celui de ces deux qui me donnera une réponse satisfaisante qui aura mon soutien”. Montebourg le fort. Montebourg l’audacieux. Comme un appel à se radicaliser, à ne pas fléchir devant la volonté de gagner.
Que c’est beau, dans le discours. Moins dans les actes. Décevant. Lamentable. Il se range du coté du plus fort. Mais alors à quoi bon parler Monsieur Montebourg? Pourquoi tout ce blabla? Pourquoi tout ce temps de parole perdu à jouer les monsieur fort et loyal, candidat à l’intransigeance, pour finalement se ranger derrière celui qui parait le mieux parti pour la course à la présidentielle? Tout cela pour briguer une place au gouvernement? Car c’est à cela que ça ressemble, au risque de vous choquer.
Vous aviez l’opportunité de nous faire croire que la gauche défendait enfin des idées… Et plouf. Rien. Rien que de la minable ambition personnelle: suivre le plus fort comme ça, vous serez ministre si Hollande est élu.
En tout cas, sachez que parmi ceux qui m’entourent, ceux qui hésitaient devant le bulletin de vote n’ont pas hésité entre Hollande et vous, mais Aubry et vous. Car, vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte, mais Hollande est bien loin d’être radical… Quand il connait ses dossiers.
Grâce à votre position courageuse, on comprend pourquoi il y a toujours aussi peu d’unité dans ce parti… Que chacun a soif de pouvoir plus que d’intérêt dans ses concitoyens. En tout cas, cela parait clairement être votre problème. Au fond, la vie de la cité vous intéresse peu, tout comme l’avenir des français.
Vous aviez le choix de vous taire -vous avez le droit de ne pas croire en Martine Aubry- ou de marquer le coup en invitant les électeurs à oser croire qu’une femme de gauche -compétente, ça va sans dire!- puisse être élue présidente de la république. Et vous ne l’avez pas fait -au contraire. Pourtant, cela aurait été le premier des signes forts d’une rupture avec le passé, car de mémoire de République française, cela n’est jamais arrivé.
Enfin, j’attire votre attention sur cette malheureuse (et horriblement sexiste) phrase que vous avez eue au Grand journal pendant la présidentielle 2007: “le problème de Ségolène, c’est son compagnon”. Son “compagnon” était Francois Hollande. J’aimerais vraiment savoir ce qui vous a fait changer d’opinion sur lui… Qu’il ait perdu 10kg ? Qu’il ait quitté Ségolène?
Vous me décevez monsieur Montebourg. Sachez aussi que si Francois Hollande est élu à courir la présidence de la République et qu’il n’est pas élu président, je vous en tiendrai pour responsable. Car face à cette France qui va mal, il nous faut une véritable alternative, vous le disiez très bien. Et Francois Hollande, contrairement à Martine Aubry, n’incarne rien de très alternatif. Si, peut-être un simple positionnement. En effet, Francois Hollande n’est pas de droite.
Je voterai Martine Aubry parce que j’ai envie de croire que le changent est possible. Qu’on élise enfin quelqu’un qui croie en nous et en notre pays, et non pas à la chance d’être à la tête de notre nation.
Qu’importe l’ivresse pourvu qu’on ait le flacon…
15 octobre 2011Cher Nicolas
1 octobre 2011Cher Nicolas Bedos,
Je reviens avec un peu de retard sur votre premier billet “mythomane” publié dans Marianne au sujet de Tristane Banon la semaine du 17 au 23 septembre 2011, mais après sa confrontation avec Dominique Strauss-Kahn jeudi à la brigade de répression de la délinquance à la personne, à Paris, je me passe et repasse la conclusion de votre billet en boucle, et je me demande ce qui vous permet d’affirmer que “cette romancière convalescente est moins bonne que Torreton dans le rôle de la victime.(…) Tristane, permets moi de te rappeler que la justice fonctionne. Elle te paraît sans doute trop lente, mais, vu les huit années qu’il t’a fallu pour porter plainte, je t’invite aujourd’hui à davantage de modestie.”
Pourquoi ce jugement hâtif? Comme si le temps jouait contre elle. Comme si, ce “réveil tardif” ressemblait plus à une démarche pour exister qu’à quelque chose de sincère. Ce qui est louche, selon vous, c’est le temps qu’elle a mis à oser la procédure judiciaire. C’est vrai qu’après ses fameuses déclarations chez Ardisson, au cours d’un diner mondain télévisuel, ça peut paraitre rocambolesque. Mais qui êtes-vous pour pouvoir juger? Qui êtes-vous pour préposer savoir? Il y aurait donc des voies “traditionnelles” pour déclarer le pire? Pour avouer la plus grande des humiliations? Pour révéler ce qui meurtrit un être et un corps tous les jours? Bien sûr, la justice vous donnera peut-être raison, et on découvrira que ce n’était qu’une mythomane de plus. Mais qu’est-ce qui vous autorise à juger cette jeune femme visiblement souffrante avant que la justice ne le fasse? Savez-vous que le drame d’une victime est avant tout d’être victime? De soi, de son drame, de son histoire… Connaissez-vous la peur qui tenaille une personne qui aimerait oser dire et raconter ce qui est l’un de nos plus grands sujets tabous actuels? Savez-vous comment on regarde encore une personne qui ose avouer cet inavouable? Comme une pute, une salope… Une mythomane aussi parfois… Chez les derniers machos. Ce que les femmes ambitieuses sont prêtes à faire pour pouvoir avancer quand coucher n’a pas suffi… Voilà ce que certaines personnes pensent tout bas. Voilà aussi pourquoi il reste encore si périlleux de dire. Raconter quelque chose qui s’est passé à l’insu de tous, entre deux personnes dont l’une aura pu croire que l’autre était consentante. Allez, ça, c’est dans le meilleur des cas. Alors que va-t-on raconter? Comment? Devoir une nouvelle fois se retrouver nue devant des inconnus… Leur dire dans quelle posture inénarrable nous nous sommes retrouvées…
Savez-vous que certaines personnes préfèrent oublier et perdre la mémoire après un acte aussi atroce? Ça s’appelle le refoulement, Nicolas… Que d’autres réussissent même à ne plus savoir ce qui s’est vraiment passé quand la mémoire leur est partiellement revenue. Comme un doute qui permet de survivre. Mais qui rend le réel dangereux. Parce que le réel est devenu instable. Qu’est ce qui est vrai? Faux? On ne sait plus… Alors on se tait et on subit l’hostilité de ce monde…
Tristane Banon, elle, semble avoir trouvé la force de dire. Avant les 10 ans de délai de prescription. Et 10 ans, cher Nicolas, ce n’est rien au regard du drame que cela peut générer sur toute une vie. Il devrait d’ailleurs être augmenté, ce délai de prescription, car on se rend bien compte qu’entre la prise de conscience et le moment où on peut se décider à dénoncer, le temps n’a plus de temps.
Moi qui n’ai jamais eu la chance de dénoncer parce que lorsque je me suis réveillée, les 10 ans étaient largement dépassés, je ne sais toujours pas si j’aurais eu le courage de me confronter à ces bourreaux. Devoir les revoir et recroiser leurs yeux. Tristane, elle, a osé se retrouver face à lui. Affirmer, les yeux dans les yeux sa version des faits.
Pourquoi donc, alors qu’elle accomplit un acte et dit une parole difficile à révéler, vous, la plaignez-vous? Avouez plutôt qu’elle vous dérange… Que c’est insupportable d’entendre le récit d’une tentative de viol. Il y a là quelque chose de presque pornographique. Sauf que le pornographique, c’est nous qui choisissons de le voir, on ne le subit pas. Il est supportable tant qu’on accepte d’y prendre part, mais devient dérangeant, grotesque, violent et vulgaire quand on nous l’impose. On préfère choisir que de subir. Eh bien c’est pareil pour la victime, Nicolas: elle le devient parce qu’elle n’est plus restée maitresse d’un désir. Parce qu’on lui a imposé une langue, un baiser pour ne pas dire le pire. Et c’est cela qui rend l’acte violent. Insupportable.
Donc si je suis heureuse de vous retrouver chaque semaine dans Marianne, permettez moi d’espérer que vous vous soyez peut-être un peu vite emporté?! Car le sens de l’effet est parfois lourd de conséquence… Et derrière vos bonnes formules, il y a une femme qui traverse une épreuve où le risque de se sentir humiliée la guette à chacun de ses mots prononcés. Qu’ils soient vrais ou pas. La justice nous le dira.
En attendant, ils sont vrais pour elle.
Grazie Grazia
11 octobre 2010Merci, merci Grazia d’avoir écrit un article sur la difficulté d’être une “wonder-woman”. Quelle belle prise de conscience! Il fallait que ce magazine existe pour qu’on lève le voile sur ce problème de fond: non, en vrai, une femme n’a pas le temps de faire 5 footings par semaine + une manucure et des soins du visage, avec l’épilation bien sûr, sans oublier le coiffeur pour brushing et mise en pli… Tout en travaillant et s’occupant des enfants. Ah, j’oubliais: la “wonder-woman” serait aussi une formidable femme et maitresse à la fois. Mais ouf, nous voilà rassurées: difficile de cumuler tous ces atouts à la fois. C’est ainsi qu’on apprend que Johanna, 31 ans, n’est pas “une machine sexuelle”, et qu’elle favorise souvent un sommeil réparateur à une partie de jambes en l’air. Voilà, ça, c’est dit.
Quant à l’attrait d’une femme capable de mettre une crème hydratante réparatrice anti-cernes et vieillesse, tout en prenant un petit déjeuner détox à base de fruits pour ne pas grossir, suivi du sport régénérant tout en faisant réviser leurs leçons aux enfants du premier mariage de son mari? Est-ce toujours possible?
Compter déjà les heures à prendre soin de soi, hop moins une heure trente par jour (en étant gentille), sans tenir compte de l’aspect financier (qui? qui, à part une rédactrice de luxe d’un magazine féminin qui vit encore dans les salaires d’une époque révolue où le journalisme précaire n’existait pas? Qui donc, à part une vieille rombière qui a assis sa profession dans un fauteuil de satin, peut se payer une heure trente de soin par jour?). Et tout le monde acquiesce à cette dictature affligeante de la culture physique. Personne pour s’en offusquer. On vous regarde même de travers quand vous avouez ne pas avoir le temps, ou pire, de ne pas mettre cela au coeur de vos préoccupations quotidiennes. Ou alors on nous a caché que la femme moderne ne gagnait en fait son pain que pour être au top de l’attractivité. Si elle s’est émancipée financièrement, c’est pour ne plus avoir de compte à rendre à son mec sur l’argent du couple qu’elle dilapide en crèmes, soins, fringues et autres sottises pour plaire à “Môôsieur” (lui, ça l’horripile quand il y pense!). C’est ça l’égalité des sexes? Gagner de l’argent pour surtout, SURTOUT rester une femme attractive?! Prendre soin de soi pour rester séduisante? Jouer le jeu des magazines qui retravaillent leurs images au photoshop pour qu’on ait toujours envie de vous faire travailler (et pardon d’avance de la vulgarité: ou pour vous sauter?)? Mais que c’est laid, que c’est vilain de développer en douce cette culture de la compétition sous le prétexte fallacieux de “se” faire du bien? Pire, tout ce que cela développe, c’est une culture démesurée du moi et de l’individualisme. Tout autre femme devient une rivale parce qu’elle est plus jeune, parce qu’elle FAIT plus jeune, plus mince, plus friquée, plus branchée… Pire, si elle cuisine et s’occupe bien des enfants, on (nous autres idiotes!) la regarde de travers à la recherche de ce qui pourrait un peu la faire flancher; la faille. Mais non elle n’est pas si belle que ça, et c’est d’ailleurs probablement une chieuse. Ou encore: “ce n’est pas possible, il y a forcément quelque chose qui cloche…”. Mais qui parle de l’intellect? de son intérêt en tant que personne? de ce qu’elle nous apporte -ou pas? De ce qu’elle a lu? De ce qu’elle nous a appris? En outre, qui aurait le temps de lire quoi que ce soit avec un emploi du temps pareil? Où? Au salon de coiffure? Chez la manucure?
Passons le fait que le sentiment amoureux puisse éventuellement éviter tous ces écueils et clichés malheureux. Tout le temps passé à prendre soin de soi est également un temps qu’on ne passe pas à s’intéresser à l’autre. Comment donc tisser le lien amoureux? En se regardant vieillir dans le miroir?
À croire que Grazia et autres magazines féminins n’aient jamais entendu parler de Narcisse? (ceci dit, s’ils passent le temps donné à prendre soin d’eux, ils n’auront en effet jamais rien lu sur Narcisse.). Et ces journaux se vendent. Plutôt bien. Plutôt même très bien.
Je déplore que certaines femmes aient pris le relais d’hommes ploucs, beaufs et vulgaires pour commenter le cul des autres. Que personne ne s’élève pour dénoncer l’abrutissement vers lequel cet idéal de wonder-woman nous conduit. Et quand je dis nous, je ne parle pas seulement au nom des femmes mais de la société. Car c’est elle la première qui en sera victime. Société d’imbéciles obsédés par leur propre image. L’autre ne compte plus. Pire, c’est un ennemi que je préférerais, soit anéantir soit totalement ignorer. Le paradoxe nous touche en outre déjà : ça donne un pays qui voudrait de la solidarité tout en espérant être mieux loti que son voisin. Qui se donne la main quand il a peur, et part l’essuyer quand il se sent rassuré.
Beurk.
Et au final, le sentiment d’insécurité continue son chemin autodestructeur.
Nous allons mal, non?
Pédophilie et droit de vivre
12 avril 2010C’est étrange cet engouement médiatique pour dénoncer la pédophilie. Ça me met mal à l’aise. J’ai du mal avec ce sentiment de satisfaction de mettre au grand jour la pire des atteintes intimes. Comme une gloire, un trophée que les journalistes brandissent en étendard de bonne conscience.
Bien sûr qu’il est nécessaire de dire et de dénoncer. Bien entendu qu’il était temps que les tabous se lèvent et notamment pour l’Eglise catholique. Mais quand les médias s’emparent de ces affaires, ils en font leur « coup »… -On en connaît aussi les dégâts avec l’engouement d’« Outreau » – Et je me demande si un seul instant, ils pensent à la conséquence de leurs « révélations » sur les victimes.
Parce que la gloire revient à celui qui énonce (voire qui dénonce dans le cas des « infiltrés » et de CAPA) les actes de pédophilie. Mais quid de celui qui s’est tu pendant toutes ces années par culpabilité ? De celui qui a survécu tant bien que mal ? C’est un bienfait pour lui que son agression soit rendue publique, certes… Mais ne mériterait-il pas d’être un peu « ménagé » ? Comment tourner les lumières vers lui sans le heurter… ? Que peut-on en dire d’ailleurs ? Comment ? Les mots suffisent-ils à décrire la dévastation intérieure ? Les victimes ne risquent-elles pas de se voir dépossédées de leur pire réalité ? Celles dont elles ont honte depuis si longtemps ? Et de se sentir une deuxième fois abusée ?
Alors bien sûr, c’est heureux qu’on ose enfin en parler, que les paroles se libèrent –celles des victimes surtout car trop de personnes le taisent pendant une vie parfois. Mais ce serait tellement mieux que ça n’arrive pas par spasmes. Et plutôt que de jouer par ondes de choc, la presse donne la parole sur la longueur aux victimes. Qu’elle se fasse le véritable relais de l’horreur et non de scoops. Parce que du coup, en procédant par vagues, elle nous renvoie l’image d’un justicier, qui, chapeau bas, d’un coup de titres et reportages du fond de la misère, révèle au grand jour ce sujet tellement tabou de la pédophilie. Comme si l’enquête était devenue en France d’une telle rareté qu’il faudrait l’applaudir à sa moindre révélation. Et c’est vrai que c’est bien que des enquêtes aboutissent, mais je m’interroge sur la conséquence d’images et de paroles auprès de ceux qui ont osé. Car il faut bien plus qu’un medium à la victime pour recouvrer son droit de vivre. Bien plus qu’une campagne médiatique. Car même après des révélations, elle continue d’avoir peur. Et quand celle de Roman Polanski demande, 30 ans plus tard, qu’on cesse de vouloir prouver la culpabilité du réalisateur, c’est aussi et peut-être parce qu’elle voudrait pouvoir dorénavant jouir de son droit à vivre. Ou de parler. Mais non qu’on la dépossède et pour une deuxième fois, de son droit de dire.
To bebe or not to bebe…
29 mars 2010Je veux bien. Je veux bien qu’on montre du doigt –et à juste titre !- ces femmes qui choisissent le retour au naturel et qui décident de moins travailler – voire plus du tout !- le temps que leurs enfants grandissent, parce que c’est si beau un enfant… « Et puis ça grandit si vite ! » « Vous verrez, si vous ne le voyez pas faire ses premiers pas, vous allez le regretter ». Oui on pourra le regretter, c’est vrai. Mais pour l’instant, on regrette de ne pas travailler comme on le souhaiterait. On regrette d’avoir perdu de la vitesse parce qu’on était enceinte, et que cela préfigurait un congé maternité… Et puis : « comment allez-vous vous organiser ? » ça, c’est une question qu’on pose toujours à la mère sous-entendu : le papa, de toute façon, on sait qu’il ne changera rien à son rythme de vie, donc on aimerait bien savoir comment vous allez aménager votre vie de façon à être là pour votre petit et pour nous. Parce qu’on s’en doute : vous serez moins disponible, non ? Sinon, ça sert à quoi de faire des enfants ?
Ben oui ça sert à quoi ?
La tentation est grande, quand les autres ont décidé pour vous qu’il fallait moins travailler, de se retirer du circuit du travail. Combien de fois ai-je entendu : « qui s’occupe du petit ? » ça vous regarde franchement de savoir qui s’occupe de mon bébé ? Quand vous proposez un boulot à mon mari, vous lui demandez qui s’occupe de notre enfant ?
Une femme journaliste me racontait qu’il y a vingt ans, quand elle a annoncé à ses employeurs qu’elle était enceinte, ils ont tous tiré la gueule. Son mari, le même jour le célébrait à son bureau par une coupe de champagne. Moi, il y a un an et demi, tout en m’annonçant que la collaboration allait s’arrêter là on m’a dit : « ce n’est pas grave ».
« Ce n’est pas grave » en effet si on fait comme si de rien n’était ; si on reprend le boulot tout de suite après l’accouchement sans se plaindre un instant de fatigue ou de quoi que ce soit d’autre. Enfin, ce n’est pas grave pour l’employeur, mais c’est très grave pour l’entourage qui vous prend pour une mère indigne. Mais entre nous, même si je peux comprendre ces femmes, il faut être sacrément costaud et sans conscience un tout petit peu féministe pour jouer cette règle du jeu fort machiste !
« Ce n’est pas grave » parce que c’est l’ordre des choses… Toi Jane, moi Tarzan. Toi être une femme, et qui plus est, plus tout à fait jeune. Ce serait dommage que toi passer à côté de cette si belle chose qu’est l’enfantement… Et puis une femme sans enfant n’est pas tout à fait une femme… Si ? Toi avoir raison de t’offrir ce petit bonheur. Moi continuer chasser pendant ce temps-là!
« Ce n’est pas grave » parce qu’il serait malvenu de dire le contraire ! Alors on dit que ce n’est pas grave à défaut de pouvoir dire que tu nous fous dans la merde, putain !
Du coup « ce n’est pas grave », on fera autrement. Rentre chez toi, prends soin de toi et de ton bébé, on va trouver une solution : une femme encore suffisamment jeune pour ne pas faire d’enfant… Ou une autre qui en a déjà un, ou alors…
Ou alors… Voici comment les femmes sont à peu près triées : les très jeunes sans enfant ; profil dynamique, possibilité de bien évoluer…. On peut en gros TOUT leur demander. Les trentenaires célibataires : on se demande pourquoi elles n’ont toujours pas d’enfant (c’est louche) et on appréhende le moment où elles nous annonceront qu’elles sont enceintes. Celles pour qui l’enfantement est du passé, hop, elles n’ont plus envie d’être désocialisées comme elles l’ont été pendant longtemps, elles travaillent et ne la ramènent pas trop avec leurs enfants… Enfin, les quarantenaires sans enfant. Ce n’est pas très sexy, mais au moins, on sait qu’on peut tout attendre et espérer d’elles… (Bon, avec un peu de Botox, c’est tout de même mieux !) Si ce n’est pas joli tout ça….
« Merci de mettre votre carrière en pause le temps que votre enfant grandisse… » Si ce n’est pas dit de la sorte, c’est ce qui se passe pour beaucoup d’entre nous… D’où cette phrase mémorable de Louise Bourgoin interviewée par le grand Frédéric Beigbeider dans GQ du mois de février : « si un jour je tombe enceinte, je resterai cachée chez moi jusqu’à l’accouchement, comme ça personne n’en saura rien ». À quoi nous en sommes réduites…
Alors oui la tentation est grande de se dire qu’il n’y a pas que la carrière, que c’est beau de voir son enfant grandir, de l’accompagner dans son apprentissage des mots, du monde, des premiers pas… On a envie de croire que c’est ce à quoi on aspire : faire des yaourts bios, des petits plats concoctés par Maman, prendre le temps de laver les couches en tissus parce qu’on sait que les couches jetables sont mauvaises pour l’environnement… Et même d’en faire un deuxième au plus vite comme ça la parenthèse sera peut-être un peu plus longue mais plus efficace aussi ! Et du coup, pour exister socialement, pour se donner de bonnes raisons d’avoir fait ce choix, on adhère à des groupements de mamans naturalistes. On dit merde aux théories psychologiques qui déconseillent le co-sleeping, on allaite jusqu’à 12 mois, on a des discussions trash à la sortie des jardins d’enfants, et au lieu de réunions tupperware, on témoigne sur le net des bienfaits de ce choix de vie pour les enfants.
Il faudrait pourtant reconnaître que c’est aberrant et absurde de se dire qu’en 2010, nombre de femmes font encore leur carrière en fonction de leurs enfants. Et s’il est possible de trouver une certaine satisfaction à aménager ses horaires pour voir son enfant grandir, ce devrait pouvoir être un choix et non une quasi-obligation.
Trente cinq ans après la loi veil…
8 février 2010Une fois n’est pas coutume, Roselyne Bachelot a fait preuve de bon sens en ce qui concerne les mesures à prendre au sujet de l’IVG. C’est évident qu’il manque de centres, qu’il faut lutter contre leurs fermetures progressives et augmenter les salaires des professionnels qui la pratiquent. 40% des femmes ont eu ou auront un jour recours à l’IVG ; le chiffre est bien trop criant pour qu’on laisse les centres se fermer et que du coup une femme attende parfois un mois avant l’intervention. Plusieurs semaines à laisser cet embryon grossir, laisser les nausées s’installer, un mois pendant lequel elle pensera tous les jours qu’un ovule a été fécondé mais qu’elle a décidé de s’en défaire. « Vous souhaitez quelle intervention Madame ? Par aspiration ou voie médicamenteuse ? » Un mois pour éventuellement revenir sur sa décision, mais surtout pour s’empêcher de laisser croître en soi l’imaginaire d’une vie potentielle qui prendrait place.
Il y a déjà cette première semaine obligatoire pour mûrir sa réflexion (soit). Mais une fois que la décision est prise les autres deviennent une torture. Et plus le temps passe, plus on a le sentiment de commencer une grossesse qui n’en sera jamais une. Alors oui, le gouvernement a raison de faire le nécessaire pour que les hôpitaux qui pratiquent l’IVG ne deviennent pas une denrée rare. Car il faut réduire ce délai d’une effroyable lenteur.
Outre cela, ce sont les conditions dans lesquelles se déroulent l’avortement qu’il faudrait également revoir. Ces multiples rendez-vous au cours desquels on vous explique et réexplique ce qu’implique une Intervention Volontaire de Grossesse. Comme si 40% de françaises étaient des inconscientes qui allaient se faire avorter comme on va prendre un bain.
Rien que cette question directe consistant à savoir pourquoi on souhaite se faire avorter est culpabilisante : « Les raisons de votre avortement, Madame ? » (Une dame à lunettes demi-lune vous regarde par dessus ses verres et attend votre réponse afin de cocher la bonne case de sa fiche de consultation) « Euh, parce que je ne souhaite pas avoir un enfant tout de suite »
« Pourquoi ? »
Comme si seules les raisons « valables » -sous entendu « médicales »- pouvaient justifier l’intervention : « je prends des médicaments très nocifs pour l’enfant », ou « c’est à la suite d’un viol » ou encore « je ne sais pas qui est le père… »
Une fois que vous avez répondu, et qu’on vous a bien expliqué comment cela allait se passer, vous avez une semaine pour réfléchir… Ou –donc !- pour revenir sur votre décision. Parce que c’est une décision qui se prend après avoir mûrement réfléchi (ah bon?). Il n’est jamais trop tard pour changer d’avis. Ou de vie.
Récapitulons donc les étapes : je suis enceinte, j’appelle mon gynécologue qui l’accueille comme une excellente nouvelle. « Euh, non, je souhaiterais avorter ». « Ah bon? Pourquoi ? » (premier pourquoi, il y en aura ensuite encore une bonne dizaine). Deuxième étape, il vous indique quel centre contacter au plus vite… “Mais bon, faisons une échographie pour vérifier que cet embryon existe bel et bien et qu’il n’est pas ex-utero” (Mieux vaut vérifier, c’est vrai, et voir de ses yeux vus qu’il y a bien un œuf qui s’est accroché à la paroi utérine… ) “Regardez, vous voyez cette bille là, aussi grosse qu’un M&M’s…” (Non, en fait, je préfèrerais ne pas voir… ça m’arrangerait !) Je suis donc bien porteuse…
Troisième étape : « bonjour Madame, je suis bien au planning familial ? Oui, je vous appelle parce que…. » C’est là qu’on vous donne un rendez-vous pour dans deux ou trois semaines. Pendant ce temps-là, les symptômes de grossesse croissent et vous vous évertuez à chasser de votre esprit que si vous le gardiez, cela deviendrait peut-être un magnifique bébé ? Le pire est à venir.
D’abord le rendez-vous au planning familial qui dure une matinée entière. Vous êtes assise dans une salle d’attente aux côtés d’autres femmes qui viennent probablement pour les mêmes raisons que vous. On s’observe sans se regarder. Il fait froid, personne ne vous dit rien alors vous attendez sagement que quelqu’un vous appelle. Le gynécologue.
Petite auscultation rapide : « ah oui, il y a bel et bien un œuf… Bien formé d’ailleurs. Pourquoi souhaitez-vous avorter mademoiselle ? »
Et c’est reparti. Il faut prendre un air assuré, genre « je ne me sens absolument pas coupable, d’ailleurs, la question ne se pose plus… On fait ça quand ? » Heureusement que c’est un vieux Monsieur qui a fait Mai 68, qui s’est battu pour que l’avortement puisse être un droit, et qu’il n’est pas moralisateur. La question, il se doit de me la poser. “C’est comme ça, il faut un motif à l’avortement, j’ai un papier à remplir…” Il lève les yeux au ciel en disant qu’il faudra attendre la semaine prochaine, « je sais, c’est long ». Il paraît qu’ensuite, il faut passer entre les mains d’une assistante sociale qui non seulement voudra savoir pourquoi vous souhaitez avorter, mais surtout, qui vous rappellera de long en large les conséquences néfastes tant sur le plan physique que psychologique de ce genre d’intervention. « Je risque de devenir stérile ? » « Non, mais il ne faut pas négliger l’aspect émotionnel qui peut par la suite rendre difficile une nouvelle grossesse. On en a vu des femmes qui peinaient ensuite à retomber enceinte… » Ah bon? l’équation est possible?
La note est prise.
Le pire reste encore à venir.
Mais à ce stade, s’il est difficile de se mettre en colère tant on vous a fait savoir que “oui bon, d’accord, c’est votre droit, on va donc faire une intervention de grossesse…” Le sentiment de solitude est démultiplié. Il paraît qu’à chaque fois qu’on annonce, même à ses amis, qu’on va se faire avorter la première question est “pourquoi? ça ne va pas bien entre vous?”. Alors on préfère se taire. Les questions, les larmes, les douleurs de ce choix difficile, on en parlera entre nous, à la maison, à voix basse. 35 ans après la loi Veil, non seulement l’avortement reste tabou, mais le corps médical et le planning familial continuent de nous parler comme à des enfants qui auraient décidé sur un coup de tête que “oh zut, je suis tombée enceinte… Mais non je ne vais pas le garder”.
Le matin de l’IVG. On vous demande de vous déshabiller, comme à l’hôpital avant un accouchement. Sauf que là, la position sera la même, mais.
Vous tremblez de froid, d’émotion. Vous demandez à l’aide-soignante s’il est possible d’avoir une couverture supplémentaire. Non, elle n’en a pas, et puis « il va falloir vous habituer au froid parce qu’au bloc, il fait encore plus froid » « Et on va bientôt au bloc ? » « Bon, vous avez pris vos médicaments ? va falloir vous déstresser, là, Madame… » Pas très facile dans ces conditions…
Pendant l’intervention, si vous avez la chance que ce soit par anesthésie générale, vous n’entendrez pas la petite équipe parler de ses vacances pendant qu’elle est en train de vous charcuter. Si c’est par anesthésie locale et que par malheur vous donnez signe de douleur, la charmante aide-soignante qui n’a pas voulu vous réchauffer sous une deuxième couverture vous collera un masque à gaz « rieur » sur le visage, « respirez et arrêtez de faire autant de grimaces, vous allez ressortir d’ici avec des rides ». Il paraît que ce gaz rend hilare…
Cela dure 5 minutes de larmes, de pensées en tous genres, et puis on vous sort du bloc, on vous conseille de dormir, « tout à l’heure vous mangerez ».
Quand c’est par anesthésie locale, vous sortirez à la fin de la matinée. Il est possible que vous ayez de très fortes contractions, mais vous les laisserez passer toutes seules sur le chemin du retour, dans le métro si vous n’êtes pas accompagnée. Quand c’est par anesthésie générale, vous dormirez sur place, et finalement, c’est peut-être plus doux. Quant à la voie médicamenteuse, tout se passera chez vous : les contractions, les larmes, le rejet de l’œuf. Pas de méchante aide-soignante en blouse blanche ou un gynécologue pour acter l’intervention… Mais au moins à l’hôpital, même si c’est dur, il y a des gens pour vous accompagner. Pas suffisamment en nombre, ni assez bien payés. C’est pourquoi il faut absolument non seulement les considérer, mieux les payer, mais surtout leur donner envie de faire ce métier de passion qui a modifié conditions de la femme.
Une IVG devrait être faite et considérée au même titre qu’une hospitalisation pour maladie. Ca fait mal dans tous les sens de se faire avorter.
Quand vous avez mangé, c’est fini, vous vous rhabillez, il faut encore aller payer. “Merci, au revoir”.
Merci…
Se faire avorter comme si on allait prendre un bain….
Excusez-moi d’être à côté de mon mari
1 février 2010Sacrée société émancipée et moderne dans laquelle nous vivons. Je me souviens d’il y a plus de vingt ans, quand ma mère recevait du courrier au nom de Madame Robert Boublil. Je lui demandais pourquoi on l’appelait Robert, ma pauvre mère dont le prénom est si imprononçable pour les Français. Je croyais que pour s’éviter d’avoir à dire ou à écrire son prénom – Geeske, ils l’appelaient Robert. Naïveté liée à ce léger complexe de me faire reprocher en permanence d’avoir une Maman qui a un prénom à ne pas mettre un chien dehors (je cherche encore le rapport entre ne pas mettre un chien dehors et le prénom de ma mère !)
En fait, cet archaïsme poli voulait que pour honorer une dame, on l’affublait du prénom de son mari. On lui faisait cet honneur de ne pas se donner la peine de mémoriser son prénom et de l’appeler Robert. Ou Roland. Ou Pierre. Quel honneur ! Et belle si possible, cela arrangerait nos affaires, c’est tellement plus plaisant à voir, une jolie femme effacée derrière l’identité de son mari… « Bonne travailleuse sans parlotte » comme disait Brel.
Je crois que cela ne l’a jamais dérangée, ma mère, d’être Robert, la « femme de ». Derrière la langue qu’elle ne comprenait que quand ça l’arrangeait et les conventions dont elle se contrefichait, elle ne prêtait aucune attention à ce genre de machisme de papier. Elle s’abritait derrière sa culture à elle qu’elle mettait en avant pour faire la nique à ces conventions, où si l’envie lui prenait de ne pas respecter un protocole qu’elle jugeait ridicule, elle le brisait avec une aisance redoutable qui avait le don de ne plus donner aucune prise à aucun machisme d’ailleurs.
Aujourd’hui c’est mieux, comme on a dépassé cet archaïsme, on ne prend plus la peine de ne rien dire du tout. Soit on sait que vous existez, auquel cas, selon le degré d’éducation de chacun, vous aurez un prénom voire un nom, soit vous restez quantité négligeable et on ne prend plus la peine de chercher à savoir qui accompagne votre mari. Les papiers quels qu’ils soient sont adressés à lui et lui seul, et l’autre –moi ! attendra sagement qu’il ait ouvert sa lettre pour prendre connaissance de ce qui nous concerne. Formalités administratives qui ne me touchent pas vraiment en soi, mais que je trouve révélatrices. Surtout quand dans le langage courant, ces personnes qui savent pourtant que « tu » n’est plus tout seul, qu’il est accompagné d’une « elle » et qu’ils sont du coup devenus « vous », continuent de s’adresser à « tu » comme si rien n’avait changé : « pour les travaux, chez toi, tu vas peindre les murs en blanc, là ? » ou « tu habites dans le coin » ? (alors qu’il vient d’annoncer à cette « connaissance que nous nous sommes mariés). Eh bien oui, je suis là à côté de lui… Vous ne m’avez pas vue ? ah bon ? je suis trop discrète ? J’ai cru au début que c’était par pudeur, mais non en fait, c’est une grossièreté : on ne s’adresse qu’à celui qu’on considère comme le plus fort. Et qui est le plus fort des deux quand il ne s’agit pas de pouponner ou de parler couches ? Lui, évidemment. N’en parlons pas quand la notoriété intervient…
Drôle de monde où l’illusion fait croire que les choses ont progressé. Que le monde est de plus en plus égal, regardez, il y a des femmes au gouvernement ! Elles ont même fait un déjeuner de femmes pour la rentrée 2010. C’est dire ! D’ailleurs on communique là-dessus parce que c’est tellement sympa et remarquable un déjeuner entre femmes, hein ? On imagine ce même journaliste proposer un sujet pour le 20h sur le déjeuner de rentrée 2010 des ministres hommes : la rédaction de F2 lui dit que c’est un non sujet…. La voilà l’égalité !
L’égalité, c’est communiquer sur le fait qu’il y a des femmes au gouvernement. L’égalité, c’est demander à une femme comment elle s’organise quand on apprend que son mari travaille beaucoup. (Qui ferait la réciproque ?). L’égalité, c’est trouver normal qu’une femme s’organise une fois qu’elle a un enfant, alors que ça ne viendrait à l’esprit de personne d’imaginer l’inverse. L’égalité, c’est l’inégalité des salaires qui sévit toujours dans certaines entreprises. L’égalité, c’est l’exception qui confirme la règle. L’égalité, c’est encore croire qu’il y a certains domaines qui n’intéressent qu’un des deux sexes. L’égalité, c’est continuer de prononcer des divorces en faveur des Mamans sous prétexte que ce sont elles qui éduquent les enfants, alors que la seule raison valable serait qu’elles n’ont pas envie de garde partagée.
La véritable égalité serait de reconnaître plus de trente ans après les mouvements MLF, que les choses n’ont pas tant bougé que ça dans les mentalités. Que c’est révoltant d’observer que nous restons la « femme de » Monsieur, que les gens ne se donnent souvent pas la peine de retenir votre prénom (comme si nous étions une parmi tant d’autres), et qu’ils ne s’adressent à vous en premier que s’il y a une véritable indication de notoriété qui le justifie. C’est aussi donner prise à cette fausse idée que c’est l’homme qui choisit la femme, et donc, c’est bien connu, que c’est le mari qui la trompe.
Pas grave. Je continuerai de ne pas l’accepter jusqu’à ce que la politesse entre de nouveau dans les mœurs. Je continuerai de sourire poliment même à ces grands imbéciles. Pour qu’on voie de nouveau deux individus dans le couple. Pour que mon identité cesse de disparaître derrière celle de mon mari. Et qu’enfin, quand je me déplace quelque part avec lui, ces malheureux se donnent la peine de prendre de mes nouvelles… Même s’ils s’en foutent… Mais au moins qu’ils soient hypocrites jusqu’au bout, histoire de croire que les choses ont bel et bien changé.
main courante
27 janvier 2010Parce que je ne passe plus une nuit sans sueurs nocturnes, cauchemars ou crises de somnambulisme.
Parce que pas une journée ne s’écoule sans que j’y pense de manière directe ou indirecte.
Parce que 20 ans, 30 ans plus tard, on n’est toujours pas en paix avec soi-même. On se démène, on se débat, on casse, on brise, on souffre. Et à chaque mot dit de travers, à chaque regard, pour rien, et surtout pour rien, on s’effondre. Parce que dans chaque inspiration, il s’expire une souffrance, parce que plus le temps passe et moins la trace s’efface. Elle renaît, se réactive, se développe et se déchaîne.
Parce que c’est une histoire de guerre. Il y a l’abus, et puis la guerre qui s’ensuit. La main, la trace, et les années suivantes pour s’excuser d’avoir laissé faire, se lapider pour ne pas avoir dit non, se haïr pour donner raison à cet acte.
TOC, Troubles Obsessionnels Compulsifs. Ils s’installent comme des pensées surgissantes, pour faire barrage au pire. Une déviation habile qui empire avec le temps et qui devient déroute. Les TOC obsèdent, fatiguent épuisent. Ils deviennent des symptômes pour ne plus jamais oublier. Certains se suicident pour échapper aux TOC. J’essaie tous les jours de les déjouer ; comme à la boxe, il s’agit de leur donner le maximum de coups jusqu’à les mettre KO. Mais les TOC ont la dent dure. Ils se renforcent avec le temps. Ils me menacent, m’épuisent et me rappellent chaque fois, sans cesse que je ne vaux rien.
Parce que tout le monde devrait pouvoir le dire. Cesser de rester isolé dans son coin en craignant de ne pas être entendu. Cesser de se croire coupable. Respirer, s’ouvrir, se battre.
Parce que je suis Maman et que je tremble à l’idée qu’il arrive la même chose à ma petite fille.
Parce que j’appelle encore ma mère, à bout de force pour qu’elle me prenne dans ses bras.
Parce que je crois que tout le monde vaut mieux que moi, plus beau, plus fort, plus aimable. Qui pourrait vraiment m’aimer ?
Je me pense imposture –ou je panse mon imposture ? Ils s’en rendront bien compte un jour.
Parce que peut-être, un jour, ils m’abandonneront – c’est un de mes TOC qui pourrit ma vie quotidienne.
Parce que je n’ai jamais porté plainte et que j’ai encore peur de le faire.
Parce que la justice est là pour nous protéger mais que tout réussit à nous faire croire, même des dizaines d’années plus tard que notre parole ne vaut rien.
Parce qu’on se sent avant tout coupable.
Parce qu’une main courante est elle-même trop ambiguë. Elle rappelle celle de mon professeur de clarinette qui courait sur moi pendant que je jouais mes notes.
Parce que ce connard de professeur de clarinette a poursuivi paisiblement sa vie comme si de rien n’était, assouvissant ses désirs au détriment d’innocents qui ne savaient pas ce qui leur arrivait et j’en connais au moins deux.
Parce que nous sommes nombreux à garder le silence.
Parce qu’ils sont nombreux, les enfants à qui ça arrive encore aujourd’hui.
Parce qu’à défaut de main courante, je voudrais que mon blog serve à cela : dire ce qu’en aucun autre lieu, je n’arriverai à crier : qu’il est impossible de vivre normalement après ce qui m’est arrivé.
Parce que les victimes, comme moi restent des victimes jusqu’à ce que la parole se libère.
Parce des salopards n’ont pas hésité à faire courir leurs mains sur moi aux heures d’affluence dans le RER. Quatre au total.
Parce que d’autres ont sûrement oublié qu’ils m’ont violée par deux nuits d’été en colonie de vacances.
Parce que j’ai peur de ce que j’écris, et pourtant, tout cela a bel et bien existé.
Parce que malgré les sévices de mon professeur de clarinette, j’ai continué d’aller aux cours… J’aimais jouer de la clarinette.
C’était il y a 27 ans, j’avais 7 ans, il se faisait plaisir. Il a brisé ma vie, ou plus exactement mon droit de vivre au premier degré.
violence conjugale
4 décembre 2009Un ami en détresse sentimentale est passé la semaine dernière à la maison. Amaigri, fragile, M. ne dort plus, il ne sait plus quoi faire de ses journées. Il nous avoue en être venu aux mains avec son amie qui le frappait violemment pour la deuxième fois. Il a répondu aux coups par des coups. Il s’en veut. Il a peur de la recroiser et il se sent encore plus fragile. Coupable de l’avoir frappée en retour. Coupable de n’avoir pas su la retenir. Coupable de l’avoir mal aimée, “c’est pour ça qu’elle est partie avec un autre”…
Il a peur d’elle en fait. Il nous dit appréhender ses réactions violentes, les mots qu’elle emploie devant les enfants, elle le menace, le dénigre. Et depuis longtemps. Que faire?
Je lui ai demandé s’il avait contacté le numéro gratuit pour les personnes victimes de violences conjugales. Il me regarde interrogatif, “c’est un numéro réservé aux femmes”.
Il a bien vu le spot publicitaire pour lutter contre la violence conjugale, mais il n’a pas compris que cela s’adressait également à lui: deux enfants dans les chaussures de leurs parents jouent au “Papa et à la Maman”
Image patriarcale de la famille type “Petit Ours brun”. Maman prépare le thé et Papa fume le cigare. Papa est très fatigué car il a beaucoup travaillé pendant que Maman s’occupait des enfants. Alors évidemment, c’est Papa qui frappe. Parce qu’il est le plus fort et qu’on se représente la force physique comme la meilleure des armes de l’ascendance sur l’autre. Et de fait, en 2008, 157 femmes sont mortes suites aux violences de leurs conjoints, apprenait-on le 25 novembre dernier à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes.
“La violence faite aux femmes”. On a raison de se mobiliser contre ce fléau à coups de campagnes publicitaires, de livres et de journées internationales. Mais quelle ironie d’accueillir à cette période-là précisément, un copain qui se fait maltraiter par sa femme depuis des mois voire des années!
Je lui souffle donc le 3919, ce numéro gratuit, et lui suggère de l’appeler dès qu’il le pourra. Il n’ose pas. C’est un numéro destiné aux femmes me dit-il, il aura l’air malin quand il demandera si lui aussi il peut être entendu. Comment font les hommes? Pourquoi ne savent-ils pas que eux aussi, il peuvent appeler ce numéro gratuit? Pourquoi rien n’indique dans cette campagne que bien sûr, il n’y a pas de commune mesure de chiffres, mais que les hommes aussi sont battus? Est-ce encore trop tabou? ça ne se fait pas, ce n’est pas viril de débarquer dans un commissariat en avouant avoir été battu? “Même pas eu les couilles de lui en remettre une?” “Attends, te laisse pas faire…” Ah oui, c’est ça en fait, parce que dans le temps (je ne sais plus lequel!), si une femme osait lever sa main sur un homme, il lui rendait la pareille pour la calmer. Maintenant, en toute logique, s’il le faisait, il serait accusé de violence conjugale, donc il ne le fait pas. Et il se tait pour ne pas passer pour une baltringue, c’est ça?
Non ce n’est pas cela. C’est tout simplement qu’il y a certaines femmes qui lèvent la main sur l’homme parce qu’elles sont violentes. Que d’autres -ou les mêmes! ont recours à un vocabulaire dénigrant, dégradant. D’autres encore développent une attitude manipulatoire, comme leurs congénères masculins. Elles tendent leur main puis la retirent violemment. Lui, il ne sait pas à ce moment-là si elle va poursuivre sa gestuelle jusqu’à la baffe ou bien l’étreinte. Il espère indéfiniment l’étreinte, la déclaration d’amour. Il croit que ce n’est qu’un incident, une mauvaise passe. Alors comme les femmes battues, il attend que ça passe… Cela peut durer des jours, des mois, des années.
Il ne s’agit pas ici d’ignorer ou de minimiser la réalité de la violence physique que subissent certaines femmes. Une femme qui meurt tous les deux jours et demi en France suite à des violences conjugales est un chiffre contre lequel il faut lutter avec acharnement. Il est en effet du recours de l’Etat de lutter contre ce fléau. Mais au nom de l’égalité homme-femmes, et pour aller jusqu’au bout de cette lutte, je trouve qu’il serait bon d’ouvrir les yeux afin de libérer la parole de ces hommes -autrement moins nombreux, certes! qui sont ou ont été victimes de violence conjugale. Qu’on cesse d’entretenir le schéma ancestral de l’homme bourreau et de la femme victime. Parce que c’est en reconnaissant que certaines femmes battent leurs maris qu’on cessera de ranger les femmes dans la catégorie des personnes démunies. Elles sont parfois plus faibles physiquement, mais la violence, comme en chacun de nous, ne leur est pas étrangère.
Elles peuvent avoir recours à une autre forme de violence. Verbale, ou simplement dans l’attitude. Celle qui peut tous nous prendre un jour ou l’autre. Insidieuse, camouflée, sournoise, elle avance à petit pas comme un cancer. Voilà pourquoi j’aimerais que sans oublier les femmes, bien sûr -surtout pas! on élargisse le champs et qu’on puisse parler des personnes victimes de violence conjugale. Car la violence conjugale -hélas! ignore les genres.
Femme ou homme, la personne victime de violence conjugale met un temps fou à comprendre ce qu’il se passe. Les premières fois, les premiers mois, elle met cela sur le compte d’une fragilité passagère, et puis l’amour balaie tout. Elle ne s’aperçoit pas que peu à peu, elle perd confiance en elle… Que jour après jour, elle s’accroche à une paroi imaginaire, une paroi aux reflets de l’amour sain et sincère, pauvre mirage qui continue de la faire tenir.
La personne victime de violence conjugale n’a plus d’estime de soi. Tant qu’elle ne sombre pas dans la dépression, elle s’accroche à la branche et se tait. Démunie et silencieuse, elle espère se tromper. “On va s’en sortir” est l’obsession qui la fait tenir. Jusqu’à la dernière claque, jusqu’aux derniers maux. Fatals. Qui la feront partir ou mourir.
M. a rendu une claque à son amie parce qu’il ne savait plus quoi dire. À bout. Il a utilisé sa force parce que son cerveau ne répondait plus. Il aurait dû partir, s’enfuir, refuser de se battre devant ses enfants. Mais il n’a pas pu se contrôler. Et il a cédé à la violence.
C’est en appelant ce numéro gratuit qu’il a trouvé une oreille. Quand il a dit qu’il n’avait pas pu se contrôler et qu’il a répondu à ses coups par des coups, il y a eu un silence. La conseillère voulait en savoir plus: “ah bon? Mais vous l’avez frappée? Ce n’est pas bien de frapper, Monsieur”… “Oui, je sais, mais je ne me contrôlais plus et elle venait de me frapper violemment…” Silence. Le doute faisait son chemin. “C’est ce que l’on appelle une violence partagée, Monsieur”. Pendant un instant, nous avons senti qu’elle hésitait à le prendre pour le bourreau. “Mais vous croyez vraiment que si je battais ma femme j’appellerais ce numéro?”
Heureusement, nous étions derrière lui pour lui rappeler les autres faits, plus insidieux, qu’il allait oublier de relater, coupable d’avoir levé la main sur elle. Elle se plaignait d’ailleurs depuis d’un traumatisme crânien. “Ah oui, mais ce que j’ai oublié de vous dire, c’est qu’elle frappait les enfants aussi. Et puis cela faisait des mois qu’elle me dénigrait en privé et en public; elle pouvait me traiter d’abruti ou de con devant les enfants…”
Après une longue plaidoirie, la conseillère a fini par reconnaître que M. était bien victime de violence conjugale et non de violence partagée. Elle lui a donné toutes les démarches à suivre, déposer une main courante, constater les coups dont il avait été victime… Mais s’il n’avait pas osé nous en parler, peut-être qu’il aurait continué dans cette spirale. Incapable de complètement la quitter, trimballé de crises en crises jusqu’à la dernière, fatale?
Le 3919, c’est un numéro gratuit d’écoute et de soutien pour les personnes en danger. Et www.stop-violences-femmes.gouv.fr est la première référence trouvée lorsque l’on tape: “violence conjugale” sur Internet. Mais afin que les femmes puissent imaginer qu’un jour elles n’aient plus à craindre que leur fragilité physique induise l’ascendance de l’homme sur elles, et au nom de l’égalité hommes-femmes, le gouvernement pourrait-il proposer un lien qui tienne compte du nombre infiniment plus petit -mais qui existe – des hommes victimes de violence conjugale?
l’air du temps
23 novembre 2009Entendu il y a quelques jours au “Fou du Roi” dans la bouche de Mathilde Seigner qu’elle avait envie de réaliser une comédie sur la maternité et la difficulté d’être mère. Après Florence Foresti, c’est elle maintenant qui veut s’y attaquer. Cela m’a mise en joie: lever ce tabou judéo-Chrétien niais et bien-pensant que l’enfantement est un accomplissement, oser dire tout haut ce que tant de mamans pensent tout bas, rire des larmes qui coulent secrètement la nuit, quand épuisée, la nouvelle maman se lève pour aller voir pourquoi son bébé pleure, parce que oui c’est le bonheur, mais ce sont aussi des petites nuits, des cernes jusqu’au menton, un corps de mammifère, des pleurs, les couches, le biberon, le dodo -est-ce qu’il fait ses nuits?- et le papa, le papa… J’ai ri quand Mathilde Seignier a dit: “Des fois, on a envie de le mettre au congélo tellement on n’en peut plus”, j’ai ri encore quand elle a évoqué la fatigue, l’allaitement… Et puis quelques heures plus tard, cela m’a gênée.
Dans un certain milieu -et heureusement! ce n’est plus dans l’air du temps de se parler entre Mamans à la sortie des parcs et de se dire avec un grand sourire béat: “oh mais quel bonheur, quel bonheur!”, d’aspirer à des après-midi conférences sur “la peau sèche de bébé”, de trouver que le temps passe trop vite, mais plutôt de regarder derrière en se disant “ouf, c’est fini”. C’est dans l’air du temps de dire qu’être Maman, ce n’est pas du tout aussi beau que ce qu’on en raconte. Atroce, épuisant, harassant… ça y va à coup de formules trash, de raccourcis, de lamentations au sujet du “père qui ne se rend pas compte”, de fous-rires entre filles autour d’une bière, d’anecdotes sur le fil du rasoir… “Bon, je te laisse, je vais retrouver mes chiards” ou “je te rappelle quand mes nains sont couchés” ou encore “putain, mais pourquoi j’ai voulu en faire un deuxième?” Et on rit de l’absurdité routinière de nos vies. De nos jambes tremblantes le premier soir où nous sommes ressorties en tête à tête avec notre amoureux, de l’envie de se remettre à fumer pour se sentir de nouveau “Femme”…
Qui avouera la vraie fragilité dans laquelle cela nous plonge? Le désarroi face à tant d’inconnues, l’horreur de ce corps déformé, de nos seins qui suintent le lait, de cet enfant fragile qu’on veut avant tout protéger et qui nous pousse et nous oblige à vivre à son rythme. Malgré tout. Malgré nous. Il n’y a plus que son souffle, son coeur qui bat indépendamment du nôtre mais pour lequel le nôtre pourrait s’arrêter à tout moment. Cet instinct… Ce controversé instinct -non! pas maternel mais animal qui a fait jour dès l’instant où notre merveille a inspiré sa première bouffée d’oxygène. Cet invincible instinct qui contredit tout ce le siècle dernier a forgé au gré de notre culture, cette indépendance et cette égalité encore si fragiles.
Oui l’enfant qui vient au monde bouleverse. Il nous renvoie à cet ancêtre animal qui sommeille en nous, vieille lionne aux babines retroussées qui avant de s’alimenter s’assure que ses petits vont bien… Nul prédateur à l’horizon, suffisamment de réserve pour les nourrir encore trois jours, Papa dort, mais l’heure venue, il ira chasser la gazelle pour nourrir la famille. On ne s’endort jamais avant d’entendre sa respiration battre au rythme de la nuit. On se réveille une seconde avant ses premiers cris pour manger la nuit. On ne compte plus les heures, les têtées, les pleurs, les baisers. Plus rien ne compte d’ailleurs à part lui. Le bébé. Et son bien être.
Oui quand on aime travailler on veut vite reprendre. Mais plus rien ne peut se faire comme avant. Même si on s’est toujours battu pour que personne ne fasse de distinction malencontreuse et insupportable de sexe, on ne peut plus rien faire sans penser à l’heure du retour, la popotte, la nounou, le doudou, le caca… Tout ce vocable hideux et routinier, qui par sa simple répétition nous rappelle à quel point il fait partie de notre quotidien: “elle a bien fait popo ma poupoune avant de faire dodo?”
J’ai rêvé de reprendre le reportage avec ma fille sous le bras. L’emmener vivre ma passion sans que cela ne choque personne. Comment justifier que tu ne pourras pas aller à tel rendez-vous parce que tu dois garder ta fille? Comment venir à une réunion le bébé au sein sans choquer? Et à l’inverse, comment laisser entendre que ce soir on est fatigué, et qu’on ne peut pas, non, on ne veut pas la coucher ce soir. TROP. Qui dira sans gêne qu’elle a couché son petit à 8 heures parce qu’elle n’en pouvait plus? Qu’elle avait envie de silence, de voir son mari la regarder dans les yeux, la trouver belle et désirable? Croire le temps d’une soirée qu’on pourra faire n’importe quoi… Et croire que la liberté c’est faire n’importe quoi!
Alors on se déchaîne entre copines et on se fait croire qu’on n’est pas complètement prises au piège. Même pas mal, même pas vrai, moi, je suis pas une débile maman gaga prête à tout pour son petit! Non, je n’ai pas renoncé à ma liberté et à mes pouvoirs de séduction! Et même que j’arrive encore à plaire à mon mec! Ah, mais si vous saviez messieurs combien nous avons peur! Et combien on cherche en permanence à s’assurer que la fonction de mère est compatible avec celle de femme! Voilà aussi pourquoi on pense qu’en osant crier que c’est difficile, on est plus fortes, plus émancipées que les autres. Que la lutte continue et que non, non non, ce n’est pas un “chiard” qui nous changera!
Et pourtant, c’est ma fille qui me fait trouver tant d’énergie. C’est elle qui démultiplie mes envies. C’est elle qui me fait réfléchir, changer d’avis, changer de vie et d’habitudes. C’est ce petit être qui m’a fait m’oublier à son profit. Elle a pris sa place, bouleversé mes codes et mes envies. Je me suis enracinée, j’ai accepté de ne plus être au coeur de mes préoccupations, j’ai changé de métier et de façons de le dire. Je suis devenue moins absolue. Et mes premières rides sont apparues.
Alors oui, je veux bien qu’on rie et qu’on ose avoir des mots politiquement incorrects sur la douleur d’être mère -c’est même essentiel! mais pensons aussi que la douleur tient peut-être au fait que c’est l’accès à la prise de conscience de notre propre fin.



