
l'égalité des sexes par Bonnie Colin
Par principe d’égalité, de lutte contre cette vieille tradition ancestrale -selon certains, même, inscrite dans les gênes mââââles- du machisme, on n’ose plus admettre que quand même, les hommes et les femmes, ce n’est pas tout à fait pareil… Ne serait-ce que physiquement, évidence qu’aucun n’osera me récuser. On pourrait même me rire au nez d’oser avancer telle évidence. Pourtant.
À cause de cette envie post-féministe de gommer nos différences, nous voilà sans cesse confrontées à de drôles d’équations: “en avoir” (que c’est joli!) tout en étant féminine (mais bon Dieu que cela veut-il dire???), pondre un enfant et reprendre le boulot (cf “Rachida Dati ou la fin du congé maternité”), être indépendante mais se marier parce que c’est plus glamour, être belle et intelligente… Mais surtout belle! bref tout un tas de contradictions qui nous poussent dans cet amer retranchement du silence, ce véritable isolement contemporain… Car qui peut franchement et honnêtement s’accomplir ainsi sans devenir un petit peu schizophrène?
Alors, en secret, quand nos chéris ont le dos tourné, quand ils reprennent leur dur labeur que nous avons mis de côté le temps de mettre notre petit au monde et de nous refaire une santé, loin de leurs yeux et de leurs oreilles, nous nous réunissons, nous, qui aimerions tellement être ce que la société donne à croire comme image de la femme accomplie. Aux heures ouvrées, pendant lesquelles aucun mâle durement conquis puisse nous surprendre à nous laisser aller, nous nous retrouvons et baissons nos armes pour partager ce moment suspendu et fragilisant que nous vivons. Comme un échec avoué: c’est vrai, toi non plus tu n’arrivais plus à lire? Un peu comme coupée du monde… ? Et pourtant, toi non plus tu n’avais pas envie de laisser ton bébé tout seul? Toi aussi, tu as cru que plus personne ne t’adresserait plus jamais la parole tant tu te trouvais bête? Transparente? Dépendante? Ahh mais oui et heureusement… Tellement mère!
Dur mais honnête constat que cette tentative presque réussie -et toute puissante!- d’être tout ce vers quoi nous tendions dans un relatif succès n’était qu’un mirage… Alors toi aussi tu as eu peur de n’être plus rien? ah? toi aussi? toi aussi? Horrible vérité que nous n’osons même pas dire à nos hommes, parce que nous avons peur que pour de vrai, ils se détournent… Parce que pendant que nous essayons tant bien que mal de réussir à être mères (donc femmes aussi!), d’autres continuent de faire croire que la toute puissance, oui Môôssieur, être tout et plus que tout ce que vous êtes, oui c’est possible… Cette égalité idiote qui ferait mieux d’admettre avant tout qu’elle n’est que différence… Parce que c’est en admettant que nous ne sommes pas pareils que nous réussirons enfin à être, tout simplement. Et faire tomber les clichés.
Alors oui, nous, les femmes, nous les femmes!
Et enfin avouer au monde que c’est tellement difficile ce chamboulement. Et tellement beau. Un desespoir social qui, enfermé, crie qu’il a peur qu’on l’oublie et qu’on ne l’aime plus… Une véritable dualité qui s’exprime derrière l’instinct maternel obligé de nourrir et protéger son bébé contre l’agresseur aux dépens d’une raison sociale soi-disant égalitaire. Et des larmes coulent de cette peur de n’être plus rien; pensée honteuse qui n’existerait plus si les femmes osaient enfin dire qu’elles sont nombreuses à le ressentir; que c’est absolument normal…. Et qu’elles cessent enfin de se laisser intimider par ces autres qui ont déjà oublié qu’elles aussi, un jour, dans cette situation, elles ont eu peur d’être délaissées.


Je suis tombée cet après-midi, par hasard, sur une rediffusion de “Maman cherche l’amour’, nouvelle émission de M6, au format très à la mode entre téléréalité et faux reportage-documentaire. On suit trois femmes de trois régions de France, jolies mamans, la trentaine, qui ont décidé de “recruter” un homme dans leur vie… Puisqu’apparemment, il est bien difficile d’en trouver un, quand on est à ce stade de sa vie, si l’on en croit l’intention de cette émission. Ce désespérant et grand échec de la femme divorcée, navrante situation que chacune devrait à tout prix éviter; problèmes financiers, mauvais modèle pour les enfants, plus le temps de se faire belle, de vouloir plaire… Et solitude, bien sûr. Heureusement que la télé est là pour recoller les morceaux. Donner l’espoir. Et proposer à ces femmes esseulées un petit panel d’hommes pour qu’au final, l’un d’entre eux fasse “l’affaire”. Parce qu’une Maman passés 30 ans, un, deux, trois enfants à la clef, a du mal à trouver à trouver sa place sur le marché des amants. Alors, en bonne samaritaine de la nation, la télévision lui offre son salut. Quelques dix hommes ni frais, ni pétillants comme elles le sont se présenteront à elles… Et elles ont de la chance puisqu’elles pourront choisir le moins pire, celui qui ne donne pas envie de vomir (pas un seul mec attirant, c’en est stupéfiant… Ils sont même plutôt rebutants). Elles pourront “tomber amoureuse” d’un échantillon de la population française. Hé, c’est déjà ça, non? Au moins, elles ne seront plus célibataires. Et puis elle est moderne cette émission: Maman chasse dans sa cour, pour une fois, c’est la poule qui choisit le coq et non l’inverse… Mais quelle hypocrisie!! Comment ont-elles accepté de se retrouver dans cette situation de pauv’femme qui n’est rien sans l’aide de la société? Cela me rappelle cette époque archaïque où affolés à l’idée qu’aucun homme ne veuille jamais d’elles, les parents, le voisinage ou le village s’occupaient de trouver un homme à la jeune-fille. Caser celle qui à elle toute seule ne pourrait rien faire de sa vie. Pas de place à l’amour mais aux intérêts. Pauvre petit boulet; ce n’est pas tout d’être belle… Et puis les hommes sont difficiles vous savez! Alors rendez-vous disponibles, belles, faites leur tourner la tête, pendant ces quelques semaines de conquête… Et puis après, gardez-le bien au chaud, à coup de bons petits plats, présence à domicile, beauté pas provocante. Et l’amour dans tout cela? Le coup de foudre? 2008, 1908, vous voyez une grande différence dans le traitement de la femme, vous?
