Une fois n’est pas coutume, Roselyne Bachelot a fait preuve de bon sens en ce qui concerne les mesures à prendre au sujet de l’IVG. C’est évident qu’il manque de centres, qu’il faut lutter contre leurs fermetures progressives et augmenter les salaires des professionnels qui la pratiquent. 40% des femmes ont eu ou auront un jour recours à l’IVG ; le chiffre est bien trop criant pour qu’on laisse les centres se fermer et que du coup une femme attende parfois un mois avant l’intervention. Plusieurs semaines à laisser cet embryon grossir, laisser les nausées s’installer, un mois pendant lequel elle pensera tous les jours qu’un ovule a été fécondé mais qu’elle a décidé de s’en défaire. « Vous souhaitez quelle intervention Madame ? Par aspiration ou voie médicamenteuse ? » Un mois pour éventuellement revenir sur sa décision, mais surtout pour s’empêcher de laisser croître en soi l’imaginaire d’une vie potentielle qui prendrait place.
Il y a déjà cette première semaine obligatoire pour mûrir sa réflexion (soit). Mais une fois que la décision est prise les autres deviennent une torture. Et plus le temps passe, plus on a le sentiment de commencer une grossesse qui n’en sera jamais une. Alors oui, le gouvernement a raison de faire le nécessaire pour que les hôpitaux qui pratiquent l’IVG ne deviennent pas une denrée rare. Car il faut réduire ce délai d’une effroyable lenteur.
Outre cela, ce sont les conditions dans lesquelles se déroulent l’avortement qu’il faudrait également revoir. Ces multiples rendez-vous au cours desquels on vous explique et réexplique ce qu’implique une Intervention Volontaire de Grossesse. Comme si 40% de françaises étaient des inconscientes qui allaient se faire avorter comme on va prendre un bain.
Rien que cette question directe consistant à savoir pourquoi on souhaite se faire avorter est culpabilisante : « Les raisons de votre avortement, Madame ? » (Une dame à lunettes demi-lune vous regarde par dessus ses verres et attend votre réponse afin de cocher la bonne case de sa fiche de consultation) « Euh, parce que je ne souhaite pas avoir un enfant tout de suite »
« Pourquoi ? »
Comme si seules les raisons « valables » -sous entendu « médicales »- pouvaient justifier l’intervention : « je prends des médicaments très nocifs pour l’enfant », ou « c’est à la suite d’un viol » ou encore « je ne sais pas qui est le père… »
Une fois que vous avez répondu, et qu’on vous a bien expliqué comment cela allait se passer, vous avez une semaine pour réfléchir… Ou –donc !- pour revenir sur votre décision. Parce que c’est une décision qui se prend après avoir mûrement réfléchi (ah bon?). Il n’est jamais trop tard pour changer d’avis. Ou de vie.
Récapitulons donc les étapes : je suis enceinte, j’appelle mon gynécologue qui l’accueille comme une excellente nouvelle. « Euh, non, je souhaiterais avorter ». « Ah bon? Pourquoi ? » (premier pourquoi, il y en aura ensuite encore une bonne dizaine). Deuxième étape, il vous indique quel centre contacter au plus vite… « Mais bon, faisons une échographie pour vérifier que cet embryon existe bel et bien et qu’il n’est pas ex-utero » (Mieux vaut vérifier, c’est vrai, et voir de ses yeux vus qu’il y a bien un œuf qui s’est accroché à la paroi utérine… ) « Regardez, vous voyez cette bille là, aussi grosse qu’un M&M’s… » (Non, en fait, je préfèrerais ne pas voir… ça m’arrangerait !) Je suis donc bien porteuse…
Troisième étape : « bonjour Madame, je suis bien au planning familial ? Oui, je vous appelle parce que…. » C’est là qu’on vous donne un rendez-vous pour dans deux ou trois semaines. Pendant ce temps-là, les symptômes de grossesse croissent et vous vous évertuez à chasser de votre esprit que si vous le gardiez, cela deviendrait peut-être un magnifique bébé ? Le pire est à venir.
D’abord le rendez-vous au planning familial qui dure une matinée entière. Vous êtes assise dans une salle d’attente aux côtés d’autres femmes qui viennent probablement pour les mêmes raisons que vous. On s’observe sans se regarder. Il fait froid, personne ne vous dit rien alors vous attendez sagement que quelqu’un vous appelle. Le gynécologue.
Petite auscultation rapide : « ah oui, il y a bel et bien un œuf… Bien formé d’ailleurs. Pourquoi souhaitez-vous avorter mademoiselle ? »
Et c’est reparti. Il faut prendre un air assuré, genre « je ne me sens absolument pas coupable, d’ailleurs, la question ne se pose plus… On fait ça quand ? » Heureusement que c’est un vieux Monsieur qui a fait Mai 68, qui s’est battu pour que l’avortement puisse être un droit, et qu’il n’est pas moralisateur. La question, il se doit de me la poser. « C’est comme ça, il faut un motif à l’avortement, j’ai un papier à remplir… » Il lève les yeux au ciel en disant qu’il faudra attendre la semaine prochaine, « je sais, c’est long ». Il paraît qu’ensuite, il faut passer entre les mains d’une assistante sociale qui non seulement voudra savoir pourquoi vous souhaitez avorter, mais surtout, qui vous rappellera de long en large les conséquences néfastes tant sur le plan physique que psychologique de ce genre d’intervention. « Je risque de devenir stérile ? » « Non, mais il ne faut pas négliger l’aspect émotionnel qui peut par la suite rendre difficile une nouvelle grossesse. On en a vu des femmes qui peinaient ensuite à retomber enceinte… » Ah bon? l’équation est possible?
La note est prise.
Le pire reste encore à venir.
Mais à ce stade, s’il est difficile de se mettre en colère tant on vous a fait savoir que « oui bon, d’accord, c’est votre droit, on va donc faire une intervention de grossesse… » Le sentiment de solitude est démultiplié. Il paraît qu’à chaque fois qu’on annonce, même à ses amis, qu’on va se faire avorter la première question est « pourquoi? ça ne va pas bien entre vous? ». Alors on préfère se taire. Les questions, les larmes, les douleurs de ce choix difficile, on en parlera entre nous, à la maison, à voix basse. 35 ans après la loi Veil, non seulement l’avortement reste tabou, mais le corps médical et le planning familial continuent de nous parler comme à des enfants qui auraient décidé sur un coup de tête que « oh zut, je suis tombée enceinte… Mais non je ne vais pas le garder ».
Le matin de l’IVG. On vous demande de vous déshabiller, comme à l’hôpital avant un accouchement. Sauf que là, la position sera la même, mais.
Vous tremblez de froid, d’émotion. Vous demandez à l’aide-soignante s’il est possible d’avoir une couverture supplémentaire. Non, elle n’en a pas, et puis « il va falloir vous habituer au froid parce qu’au bloc, il fait encore plus froid » « Et on va bientôt au bloc ? » « Bon, vous avez pris vos médicaments ? va falloir vous déstresser, là, Madame… » Pas très facile dans ces conditions…
Pendant l’intervention, si vous avez la chance que ce soit par anesthésie générale, vous n’entendrez pas la petite équipe parler de ses vacances pendant qu’elle est en train de vous charcuter. Si c’est par anesthésie locale et que par malheur vous donnez signe de douleur, la charmante aide-soignante qui n’a pas voulu vous réchauffer sous une deuxième couverture vous collera un masque à gaz « rieur » sur le visage, « respirez et arrêtez de faire autant de grimaces, vous allez ressortir d’ici avec des rides ». Il paraît que ce gaz rend hilare…
Cela dure 5 minutes de larmes, de pensées en tous genres, et puis on vous sort du bloc, on vous conseille de dormir, « tout à l’heure vous mangerez ».
Quand c’est par anesthésie locale, vous sortirez à la fin de la matinée. Il est possible que vous ayez de très fortes contractions, mais vous les laisserez passer toutes seules sur le chemin du retour, dans le métro si vous n’êtes pas accompagnée. Quand c’est par anesthésie générale, vous dormirez sur place, et finalement, c’est peut-être plus doux. Quant à la voie médicamenteuse, tout se passera chez vous : les contractions, les larmes, le rejet de l’œuf. Pas de méchante aide-soignante en blouse blanche ou un gynécologue pour acter l’intervention… Mais au moins à l’hôpital, même si c’est dur, il y a des gens pour vous accompagner. Pas suffisamment en nombre, ni assez bien payés. C’est pourquoi il faut absolument non seulement les considérer, mieux les payer, mais surtout leur donner envie de faire ce métier de passion qui a modifié conditions de la femme.
Une IVG devrait être faite et considérée au même titre qu’une hospitalisation pour maladie. Ca fait mal dans tous les sens de se faire avorter.
Quand vous avez mangé, c’est fini, vous vous rhabillez, il faut encore aller payer. « Merci, au revoir ».
Merci…
Se faire avorter comme si on allait prendre un bain….







Je suis tombée cet après-midi, par hasard, sur une rediffusion de « Maman cherche l’amour’, nouvelle émission de M6, au format très à la mode entre téléréalité et faux reportage-documentaire. On suit trois femmes de trois régions de France, jolies mamans, la trentaine, qui ont décidé de « recruter » un homme dans leur vie… Puisqu’apparemment, il est bien difficile d’en trouver un, quand on est à ce stade de sa vie, si l’on en croit l’intention de cette émission. Ce désespérant et grand échec de la femme divorcée, navrante situation que chacune devrait à tout prix éviter; problèmes financiers, mauvais modèle pour les enfants, plus le temps de se faire belle, de vouloir plaire… Et solitude, bien sûr. Heureusement que la télé est là pour recoller les morceaux. Donner l’espoir. Et proposer à ces femmes esseulées un petit panel d’hommes pour qu’au final, l’un d’entre eux fasse « l’affaire ». Parce qu’une Maman passés 30 ans, un, deux, trois enfants à la clef, a du mal à trouver à trouver sa place sur le marché des amants. Alors, en bonne samaritaine de la nation, la télévision lui offre son salut. Quelques dix hommes ni frais, ni pétillants comme elles le sont se présenteront à elles… Et elles ont de la chance puisqu’elles pourront choisir le moins pire, celui qui ne donne pas envie de vomir (pas un seul mec attirant, c’en est stupéfiant… Ils sont même plutôt rebutants). Elles pourront « tomber amoureuse » d’un échantillon de la population française. Hé, c’est déjà ça, non? Au moins, elles ne seront plus célibataires. Et puis elle est moderne cette émission: Maman chasse dans sa cour, pour une fois, c’est la poule qui choisit le coq et non l’inverse… Mais quelle hypocrisie!! Comment ont-elles accepté de se retrouver dans cette situation de pauv’femme qui n’est rien sans l’aide de la société? Cela me rappelle cette époque archaïque où affolés à l’idée qu’aucun homme ne veuille jamais d’elles, les parents, le voisinage ou le village s’occupaient de trouver un homme à la jeune-fille. Caser celle qui à elle toute seule ne pourrait rien faire de sa vie. Pas de place à l’amour mais aux intérêts. Pauvre petit boulet; ce n’est pas tout d’être belle… Et puis les hommes sont difficiles vous savez! Alors rendez-vous disponibles, belles, faites leur tourner la tête, pendant ces quelques semaines de conquête… Et puis après, gardez-le bien au chaud, à coup de bons petits plats, présence à domicile, beauté pas provocante. Et l’amour dans tout cela? Le coup de foudre? 2008, 1908, vous voyez une grande différence dans le traitement de la femme, vous?
