To bebe or not to bebe…

Je veux bien. Je veux bien qu’on montre du doigt –et à juste titre !- ces femmes qui choisissent le retour au naturel et qui décident de moins travailler – voire plus du tout !- le temps que leurs enfants grandissent, parce que c’est si beau un enfant… « Et puis ça grandit si vite ! » « Vous verrez, si vous ne le voyez pas faire ses premiers pas, vous allez le regretter ». Oui on pourra le regretter, c’est vrai. Mais pour l’instant, on regrette de ne pas travailler comme on le souhaiterait. On regrette d’avoir perdu de la vitesse parce qu’on était enceinte, et que cela préfigurait un congé maternité… Et puis : « comment allez-vous vous organiser ? » ça, c’est une question qu’on pose toujours à la mère sous-entendu : le papa, de toute façon, on sait qu’il ne changera rien à son rythme de vie, donc on aimerait bien savoir comment vous allez aménager votre vie de façon à être là pour votre petit et pour nous. Parce qu’on s’en doute : vous serez moins disponible, non ? Sinon, ça sert à quoi de faire des enfants ?
Ben oui ça sert à quoi ?
La tentation est grande, quand les autres ont décidé pour vous qu’il fallait moins travailler, de se retirer du circuit du travail. Combien de fois ai-je entendu : « qui s’occupe du petit ? » ça vous regarde franchement de savoir qui s’occupe de mon bébé ? Quand vous proposez un boulot à mon mari, vous lui demandez qui s’occupe de notre enfant ?
Une femme journaliste me racontait qu’il y a vingt ans, quand elle a annoncé à ses employeurs qu’elle était enceinte, ils ont tous tiré la gueule. Son mari, le même jour le célébrait à son bureau par une coupe de champagne. Moi, il y a un an et demi, tout en m’annonçant que la collaboration allait s’arrêter là on m’a dit : « ce n’est pas grave ».

« Ce n’est pas grave » en effet si on fait comme si de rien n’était ; si on reprend le boulot tout de suite après l’accouchement sans se plaindre un instant de fatigue ou de quoi que ce soit d’autre. Enfin, ce n’est pas grave pour l’employeur, mais c’est très grave pour l’entourage qui vous prend pour une mère indigne. Mais entre nous, même si je peux comprendre ces femmes, il faut être sacrément costaud et sans conscience un tout petit peu féministe pour jouer cette règle du jeu fort machiste !
« Ce n’est pas grave » parce que c’est l’ordre des choses… Toi Jane, moi Tarzan. Toi être une femme, et qui plus est, plus tout à fait jeune. Ce serait dommage que toi passer à côté de cette si belle chose qu’est l’enfantement… Et puis une femme sans enfant n’est pas tout à fait une femme… Si ? Toi avoir raison de t’offrir ce petit bonheur. Moi continuer chasser pendant ce temps-là!
« Ce n’est pas grave » parce qu’il serait malvenu de dire le contraire ! Alors on dit que ce n’est pas grave à défaut de pouvoir dire que tu nous fous dans la merde, putain !
Du coup « ce n’est pas grave », on fera autrement. Rentre chez toi, prends soin de toi et de ton bébé, on va trouver une solution : une femme encore suffisamment jeune pour ne pas faire d’enfant… Ou une autre qui en a déjà un, ou alors…
Ou alors… Voici comment les femmes sont à peu près triées : les très jeunes sans enfant ; profil dynamique, possibilité de bien évoluer…. On peut en gros TOUT leur demander. Les trentenaires célibataires : on se demande pourquoi elles n’ont toujours pas d’enfant (c’est louche) et on appréhende le moment où elles nous annonceront qu’elles sont enceintes. Celles pour qui l’enfantement est du passé, hop, elles n’ont plus envie d’être désocialisées comme elles l’ont été pendant longtemps, elles travaillent et ne la ramènent pas trop avec leurs enfants… Enfin, les quarantenaires sans enfant. Ce n’est pas très sexy, mais au moins, on sait qu’on peut tout attendre et espérer d’elles… (Bon, avec un peu de Botox, c’est tout de même mieux !) Si ce n’est pas joli tout ça….
« Merci de mettre votre carrière en pause le temps que votre enfant grandisse… » Si ce n’est pas dit de la sorte, c’est ce qui se passe pour beaucoup d’entre nous… D’où cette phrase mémorable de Louise Bourgoin interviewée par le grand Frédéric Beigbeider dans GQ du mois de février : « si un jour je tombe enceinte, je resterai cachée chez moi jusqu’à l’accouchement, comme ça personne n’en saura rien ». À quoi nous en sommes réduites…
Alors oui la tentation est grande de se dire qu’il n’y a pas que la carrière, que c’est beau de voir son enfant grandir, de l’accompagner dans son apprentissage des mots, du monde, des premiers pas… On a envie de croire que c’est ce à quoi on aspire : faire des yaourts bios, des petits plats concoctés par Maman, prendre le temps de laver les couches en tissus parce qu’on sait que les couches jetables sont mauvaises pour l’environnement… Et même d’en faire un deuxième au plus vite comme ça la parenthèse sera peut-être un peu plus longue mais plus efficace aussi ! Et du coup, pour exister socialement, pour se donner de bonnes raisons d’avoir fait ce choix, on adhère à des groupements de mamans naturalistes. On dit merde aux théories psychologiques qui déconseillent le co-sleeping, on allaite jusqu’à 12 mois, on a des discussions trash à la sortie des jardins d’enfants, et au lieu de réunions tupperware, on témoigne sur le net des bienfaits de ce choix de vie pour les enfants.
Il faudrait pourtant reconnaître que c’est aberrant et absurde de se dire qu’en 2010, nombre de femmes font encore leur carrière en fonction de leurs enfants. Et s’il est possible de trouver une certaine satisfaction à aménager ses horaires pour voir son enfant grandir, ce devrait pouvoir être un choix et non une quasi-obligation.

9 réponses à “To bebe or not to bebe…”

  1. Pensez BiBi dit :

    To Bi or not to Bibi : une invitation…

  2. Mapie dit :

    En un mot : “Bravo”.
    Moi aussi lorsque je suis en déplacement sur plusieurs jours mes collègues (hommes, ça va sans le dire) me posent régulièrement la question: “Et les enfants ?”, Ce à quoi, je répond (et je prend un air vaguement étonnée, comme si je ne comprenais pas pourquoi on me pose une telle question) : “Euh… Ils ont aussi un papa, mes enfants…”. Du coup en général la conversation s’arrête là. Et quand en plus, mon mari et moi osons dire qu’en cas de problème de garde d’enfants, c’est mon mari qui s’arrêtera de travailler, alors là, ça désoriente complètement l’auditoire. Ca ne rentre plus dans le schéma habituel de leurs pensées. Ils ne savent plus où classer l’information qu’ils viennent d’entendre…

  3. bucher dit :

    bonjour,
    je viens de lire le papier dans rue 89 et puis du coup j’ai fait un tour sur le blog. C’est bien! Je vous donne l’adresse de notre blog, des intermittentes bien dans la m…. après avoir eu un enfant…. Ca doit pouvoir vous intéresser et puis nous on a besoin de relais.
    Au plaisir d’échanger plus avec vous
    Clémence

    j’arrive pas à vous contacter autrement que par ce commentaire…

  4. Fanny dit :

    Aaaaaaaaah… ça fait du bien… Les discussions sont tellement passionnées depuis le pavé Badinter, que je pensais que la nuance n’existait plus…

  5. gugenheim chrsitelle dit :

    bravo,

    je me suis vraiement reconnue dans cette article . Merci . j’ai 44 ans et je suis seule a tout gérer les enfants,et le boulot la maison… ce n’est pas grave !!!!! en plus pas le droit d’être malade alors en enceinte !!!!!
    quel galère comme vous l’ecrivez en 2010, il faut choisir carrière ou baby
    je souhaite une bonne soirée , et faire le bon choix

  6. Flambyfamily dit :

    MERCI !!!
    C’est réconfortant de voir qu’il y a des femmes qui pensent aussi qu’avoir une vie sociale et une carrière c’est bien et qu’on est pas une mauvaise mère pour autant.
    C’est terriblement frustrant parce qu’on doit encore et toujours se justifier et faire des choix même en 2010 (ou plutôt surtout en 2010).
    Pourquoi de tels schémas de vie persistent encore?
    Est-ce qu’on peut -en partie- lier ce courant “Bio/maman dispo” (un peu réducteur d’accord) à ces fameuses difficultés dans la vie de tout les jours (boulot, garde d’enfant, papa pas toujours dispo…)?

  7. lemiere dit :

    Vous savez quoi, vous m’exaspérez avec votre carrière. C’est quoi cette sacro-sainte carrière ? Oui, vous êtes journaliste et vous compatissez à ces femmes qui mettent leur carrière au ralenti ou qui culpabilisent de ne pas la mettre justement. Savez-vous que beaucoup de métiers sont alimentaires et non épanouissants, je vais vous en citer quelques uns pour vous remettre un peu les pieds sur terre : femme de ménage, secrétaire, caissière, agent de tout et de rien, vendeuse, etc. Ces femmes devraient mettre leurs enfants à la crèche, se lever tôt, les lever tôt, subir les transports pour une une carrière épanouissante d’aide ménagère, que sais-je. Et ce méchant mari qui ne se sent pas concerné, qui continue à travailler dur pour gagner beaucoup d’argent. Oh comme ce n’est pas juste ! Savez-vous madame la blogueuse journaliste que beaucoup de dames aspirent à rester chez elles pour élever leurs enfants. Seulement, elles ne voudraient pas être montrées du doigt et voudraient continuer à exister socialement. Qu’elles arrêtent de travailler parce que leur mari gagne beaucoup d’argent ou qu’elles aient un métier de merde, elles devraient pouvoir exister autrement qu’en “bourgeoise qui s’ennuie” ou en “victime de la crise, à la maison avec ses gosses”. Heureusement, il y a un moyen formidable qui s’appelle la crèche ou la halte-garderie. On peut y mettre les enfants même si on ne travaille pas (pourvu qu’il y ait de la place). On peut faire plein de choses plus intéressantes que travailler et se faire une carrière pourvu que le société (vous en l’occurence) ne nous culpabilise pas.

  8. Aude dit :

    en somme, la question est plus celle de la place du père et des hommes dans le triptyque grossesse-enfantement-éducation
    car en effet, jamais on n’a demandé à un ministre comment il allait faire pour concilier sa vie de papa avec la politique

    pour ce qui est du “naturalisme”, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain bio-warrior
    j’ai trente -cinq ans, une fille de 3 ans que j’élève seule, je bosse 50h par semaine, j’ai dit merde aux machos et machottes de tous pois et de tous horizons, mais
    - j’ai allaité ma gamine jusqu’à 11 mois
    - elle a porté des couches lavables
    - je lui ai préparé des petits pots bio home-made
    - je l’ai portée en écharpe jusqu’à ses deux ans et demi

    pour autant, je n’adhère à aucun mouvement naturaliste
    j’ai juste voulu éviter à ma gosse de s’abîmer les fesses avec du chlore, et de bouffer des pesticides
    et puis j’ai voulu lui donner quand je la voyais – pas assez, puisque j’ai repris le boulot au lendemain strict de la fin de mon congés maternité – du temps de câlin en rab’, au sein ou sur mon ventre

    je me sens féministe jusqu’au bout des ongles et n’ai aucunement le sentiment d’abdiquer en me comportant de la sorte

    je ne suis pas naturaliste, juste un peu écolo et bouffée par le temps comme tous les parents qui bossent

  9. Marie dit :

    Bonjour,
    Je lis avec plaisir les sujets de votre blog. Celui-ci me déconcerte quelque peu…
    Le sentiment que vous dépeignez (le regret de perte de vitesse, de réactivité), n’en aviez vous pas entendu parler autour de vous auparavant ? Ne l’aviez vous pas constaté au sein de votre travail ? Certes, rien de tel pour prendre contact avec une réalité que d’y être confrontée personnellement !
    En vous lisant, mais je dois me tromper, j’ai le sentiment que vous regrettez cette maternité….
    Effectivement c’est compliqué d’être au top d’être à la fois mère, épouse et de bosser… devoir jongler avec le planning privé et professionnel relève souvent du casse tête
    Nous en sommes toutes là ! Et on le fait, sans regret et si j’osais sans amertume ????
    Cordialement
    Une auditrice d’Inter.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.